Vivre avec et comme les autres
Permettre aux anciens tuberculeux de retrouver du travail, et par là l'autonomie et la dignité, c'est l'objectif que s'était fixé Suzanne Fouché en créant L’ADAPT en juin 1929. Grâce à elle et à d'autres qui ont rejoint son combat, les personnes touchées par le handicap à la suite de maladie ou d'accident, se sont vu reconnaître des droits positifs, codifiés pour l'essentiel dans les lois de 1975.
Malgré ces avancées considérables on ne peut que constater, 75 ans après la fondation de L’ADAPT, que le sort des personnes handicapées n'est pas satisfaisant. De multiples barrières se dressent devant elles et les empêchent de partager pleinement la vie de leurs concitoyens. Il apparaît en effet que l'effort a essentiellement porté, dans notre pays, sur la réduction de l'infirmité et de ses conséquence pour la personne : rééducation et réadaptation ont été les maîtres mots.
En revanche nous avons peu agi sur l’environnement physique et mental. Ce qui fait obstacle à l’intégration d’un enfant handicapé dans une école, ce ne sont pas seulement ses éventuels problèmes d’apprentissage mais aussi les obstacles liés à l’accessibilité (pour les handicapés moteurs), à la communication (pour les handicapés sensoriels) et aux réticences des enseignants confrontés à une situation à laquelle ils ne sont pas préparés.
Il résulte de cette politique que, même rééduquées et réadaptées, nombre de personnes restent en situation de handicap. Et, puisqu’elles ne sont pas accueillies dans les lieux fréquentés par leurs concitoyens valides : écoles, universités, centres de formation, administrations, entreprises, salles de spectacle, installations sportives, on tente d’y remédier en créant des structures qui leur sont réservées tels qu’institut médico–éducatifs (IME), centres de rééducation professionnelle, centres d’aide par le travail et ateliers protégés, voire maisons de retraite.
Une personne handicapée peut ainsi passer toute son existence dans un monde à part : c’est certes mieux que la misère ou l’abandon, mais cela ne peut pas être considéré comme de l’intégration.
C'est pourquoi, au cours des dernières années, une prise de conscience s'est opérée. À l'image des pays nordiques on évoque de plus en plus le principe de non discrimination : pour que les travailleurs handicapés trouvent un emploi, il n’y a pas lieu de créer des emplois réservés ou une obligation d’emploi (discrimination positive). Il faut que les employeurs considèrent comme normal de les recruter au même titre que les valides dès lors qu’ils possèdent les compétences requises (non discrimination).
Bien entendu, la mise en œuvre du principe de non discrimination ne se substitue pas aux mesures individuelles qui permettent de compenser ou d’atténuer les conséquences du handicap. La rééducation fonctionnelle, la réadaptation, la mise à disposition d’aides techniques, les aménagements de postes de travail seront même encore plus nécessaires dès lors qu’il s’agira d’évoluer en milieu ouvert et non dans un monde plus ou moins protégé.
C’est en fait un deuxième front qu’il faut ouvrir. Il ne suffit pas de mettre les personnes handicapées en mesure de prendre place dans la société. Il faut encore que la société leur fasse place. L’ADAPT, pour sa part, a décidé de s’engager résolument dans ce combat en recourant à trois moyens d'action :
- une action proprement associative menée par des adhérents et bénévoles, visant à modifier le regard et le comportement de la société vis-à-vis des personnes handicapées, et à accompagner celles-ci dans leur démarche d’insertion
- une action de rééducation, de réadaptation et de formation orientée vers la réduction et la compensation du handicap qui continuera d’être exercée par des professionnels qualifiés, mais de plus en plus fréquemment en dehors des établissements spécialisés
- une démarche de réflexion et d’intervention auprès des pouvoirs publics pour adapter les mesures législatives et réglementaires aux besoins des personnes handicapées, et faciliter l’expérimentation



