Des professionnels au service de la personne :

Des professionnels au service de la personne

L'activité de L’ADAPT, comme celle des associations gestionnaires, se déroule le plus souvent dans des « centres » où sont rassemblés les professionnels, les usagers et les moyens techniques. L'avantage de ce type d'organisation est de permettre une utilisation optimale des hommes et des équipements. Il a, en revanche, l'inconvénient majeur de couper les personnes concernées de leur milieu naturel de vie, d'étude ou de travail.
- Elles se trouvent pour une longue période dans un établissement qui n'accueille que des personnes handicapées
- Les établissements de ce type étant par nature peu nombreux, elles sont souvent très éloignées de leur domicile
- Cet éloignement a pour conséquence le recours à des formules d'internat, d'hospitalisation ou d'hébergement en foyer.
Pour éviter que le travail de réinsertion ne commence par une phase de ségrégation, il faut que nos établissements conçoivent et mettent en œuvre de nouveaux types d’organisation. C’est un travail difficile, déjà largement avancé dans le secteur de la rééducation et de la scolarisation des enfants, mais à peine entamé pour la réadaptation des adultes, la formation professionnelle et le travail protégé.
Pouvoir aller à l’école
Les centres d’enfants de L’ADAPT se sont profondément transformés au cours des dix dernières années. Si les enfants les plus lourdement atteints continuent de recevoir soins et enseignement dans nos établissements, et ne rejoignent leurs familles qu’en fin de semaine, de plus en plus nombreux sont ceux qui fréquentent l’école du village ou du quartier, en intégration individuelle ou en CLIS , et qui rentrent tous les soirs chez eux. Ce sont les professionnels qui se déplacent d’école en école pour apporter aux enfants les soins nécessaires. Peut-être ce système est-il plus coûteux en temps et exige-t-il plus de personnels. Mais, le surcoût est largement compensé par la réduction des frais de restauration et d’hébergement et des investissements qui leur sont liés. Surtout, il apporte aux jeunes une réponse plus adaptée à leurs besoins.

Il faut poursuivre cette évolution. Elle se heurte encore à la réticence de certains enseignants qui craignent de ne pas avoir les compétences nécessaires pour encadrer efficacement des enfants handicapés. Il est clair, d’autre part, que si l’on veut privilégier l’insertion individuelle, il faudra créer des postes d’auxiliaires de vie scolaire. Ici encore, c’est la fonction d’accompagnement qu’il faut développer au détriment des filières discriminatoires. Pour sa part, L’ADAPT est prête à apporter aux enseignants et aux auxiliaires les compléments de formation dont ils pourraient avoir besoin.
Ceci dit l'intégration scolaire ne doit pas être considérée comme une fin en soi. Ce qui compte, c'est la réussite de l'enfant. Les structures de prise en charge, équipes de soin, familles, enseignants, doivent se concerter régulièrement sur le parcours à réaliser : il peut passer par des allers et retours entre institutions privées ou publiques, entre milieu ordinaire et milieu spécialisé, entre phases de vie familiale et phases de vie en collectivité éducative. Le cloisonnement des filières doit céder aux besoins de l’enfant.

Il paraît souhaitable, dans cet esprit, d’ouvrir une voie nouvelle à ceux qui ne progressent plus dans les formations généralistes après 14 ans. Plutôt que de les laisser s’engager dans une posture d’échec ou de régression, nous proposons de les orienter vers des sections de préapprentissage qui bénéficieraient des compétences de nos CRP.
Se préparer à un métier
Si l’intégration scolaire progresse la formation professionnelle continue de fonctionner suivant un schéma dichotomique. D’un côté, le régime de droit commun, où l'AFPA et les Greta jouent un rôle majeur : seuls les handicapés légers y ont en fait accès. Les autres sont orientés par les Cotorep vers les centres de rééducation professionnelle. Bien que les formations dispensées soient les mêmes, les deux filières sont entièrement distinctes. Comme le nombre de place dans les CRP est limité, les travailleurs handicapés pour qui la reconversion est impérative ont moins de chance que leurs collègues valides. Ils ne sont que 10 000 chaque année, alors qu'il faudrait tripler ce nombre pour que 10% des handicapés en recherche d'emploi disposent comme les autres d'une réelle possibilité de requalification.
Plutôt que d'ouvrir à grands frais de nouveaux CRP, il faut donc faciliter l'accès des adultes handicapés aux dispositifs de reconversion et de formation professionnelle de droit commun, ce qui leur permettra de trouver à proximité de chez eux un plus large choix de formations à leur convenance.
Se former avec les autres
Est-il concevable que des places d'internat (accessibles) du secteur spécialisé restent parfois vides dans certaines villes tandis que dans ces mêmes localités des personnes handicapées se voient contraintes de renoncer à un stage de leur choix faute d'un hébergement adapté dans le centre AFPA ? Est-il concevable qu’aucune passerelle locale n’existe entre un centre de l’AFPA, un CRP ou un Greta de façon à répondre aux exigences de personnalisation que requiert souvent le parcours d’une personne handicapée ?

Pour que les travailleurs handicapés puissent bénéficier de formations adéquates en évitant une double coupure avec leur lieu de vie et avec leurs collègues valides il faut faire évoluer le rôle des CRP sur différents points :
- Il faut qu’ils se rapprochent des bassins de vie et d’emploi : c’est ce qui est en cours à Auxerre, ce qui est projeté à Caen, Rouen ou Bourg-en-Bresse
- Il leur faut assurer la formation continue des travailleurs en milieu protégé pour leur permettre de reconquérir leur autonomie (voir ci-dessous)
- Ils ont à développer la formation à distance pour les personnes qui ne peuvent pas s’éloigner de leur domicile pour des raisons médicales ou sociales
- Ils doivent poursuivre les actions d’insertion précoce en liaison avec les CMPR
- Ils ont enfin (et surtout) à apporter leur expertise pour mettre en œuvre la formation des personnes handicapées dans les dispositifs de droit commun.
À cet égard, les conversations entreprises avec l’AFPA ont abouti à la signature d’une convention en vue de rapprocher sur un même site nos établissements de formation professionnelle de la région caennaise et d’organiser entre eux une coopération profitable à tous les stagiaires. Si cette première expérience réussit, elle pourra être étendue à d’autres sites et à d’autres partenaires.
Retrouver les gestes de la vie
Les centres de médecine physique et de réadaptation se donnent pour objectif la rééducation fonctionnelle des personnes handicapées, leur réadaptation aux gestes de la vie quotidienne et leur réinsertion sociale. Ils ont donc un rôle beaucoup plus étendu que les services de suite des hôpitaux ou les kinésithérapeutes libéraux, qui interviennent essentiellement dans la rééducation. Leur domaine d'intervention doit encore être étendu et leurs méthodes de travail diversifiées de façon à s'ouvrir plus largement vers le milieu hospitalier, vers le milieu de vie des patients et vers le monde du travail.

Il faut pour cela rapprocher les CMPR, chaque fois que c’est possible, des lieux où se trouvent la population et les établissements hospitaliers : c’est le sens de l’évolution en cours à Montargis et à Thionville. Il faut aussi mettre en place des réseaux de soins associant les établissements de soins aigus, les CMPR et les établissements de soins de suite pour assurer une mise en œuvre précoce et sans discontinuité de la rééducation, et une bonne répartition des tâches. À cet égard, il paraît souhaitable de réorienter vers les établissements de soins de suite la rééducation des personnes âgées après intervention de chirurgie orthopédique. Ceci permettrait aux CMPR de faire face à l’augmentation des pathologies neurologiques ou neuro-traumatologiques.

Dès lors que les CMPR sont situés dans une agglomération où résident une grande partie des usagers, il faut développer systématiquement l’hospitalisation de jour qui permet de ne pas couper le patient de son milieu de vie. Ceci nécessite la constitution d’un service de ramassage, mais permet d’importantes économies sur l’hébergement et la restauration. Il y a là un sérieux effort à fournir tant est grande la force de l’habitude dans nos établissements comme chez les autorités de tutelle.

L’ouverture vers le monde du travail est essentielle pour prévenir le handicap d'origine professionnelle en coopération avec les employeurs et les CHSCT . Il ne s’agit pas seulement de disposer des affiches ou des pancartes sur les lieux de travail mais d’organiser des séances de sensibilisation et d’information pour le personnel exposé aux risques d’accident ou de maladie professionnelle. C’est un aspect important du rôle de prévention qui a été évoqué plus haut.
Il faut enfin réaffirmer la mission des CMPR dans la préparation de la réinsertion sociale et professionnelle en créant dans leur sein (ou en renforçant) des équipes spécifiques. Elles travailleront en étroite liaison avec la médecine du travail et les entreprises pour prévenir la désinsertion et assurer le maintien dans l’emploi.

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