De la lutte pour la reconnaissance à l’égalité des chances
Le 8 juin 1929, une vingtaine de personnes handicapées se réunissaient à Paris autour de Suzanne Fouché pour créer L’ADAPT. Le but déclaré de cette nouvelle association : que la personne handicapée retrouve sa dignité par une réinsertion dans la société active et professionnelle. Cette vision quasi-révolutionnaire de la personne handicapée, de ses possibilités, mais aussi de ses droits, en tout cas iconoclaste et dérangeante au sortir de la Grande guerre, plaçait déjà la toute jeune L’ADAPT à la pointe de la réflexion.
Le 8 juin 1929, une vingtaine de personnes handicapées se réunissaient à Paris autour de Suzanne Fouché pour créer L’ADAPT. Le but déclaré de cette nouvelle association : que la personne handicapée retrouve sa dignité par une réinsertion dans la société active et professionnelle. Cette vision quasi-révolutionnaire de la personne handicapée, de ses possibilités, mais aussi de ses droits, en tout cas iconoclaste et dérangeante au sortir de la Grande guerre, plaçait déjà la toute jeune L’ADAPT à la pointe de la réflexion.
Les personnes handicapées au ban de la société
Quelle est la situation qui prévaut en 1929 ? La vie des personnes handicapées est marquée par le désœuvrement. Les établissements où elles sont reléguées offrent la vision de somme de solitudes individuelles. Pourtant, dès avant les années 1920, la valeur du moral des malades, blessés ou accidentés est déjà reconnue comme atout thérapeutique.
Suzanne Fouché et ses amis, issus pour une part du sanatorium de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), ne bénéficient pas des avancées de la société française vis-à-vis du handicap successives à la première guerre mondiale. Si les mutilés de guerre se voient offrir des possibilités de recouvrer une vie la plus normale, il en va tout autrement pour les infirmes civils, pour reprendre les termes de l’époque.
Le vrai départ de L’ADAPT tient à la diffusion clandestine d’un questionnaire, prémices des sondages actuels, auquel répondent 800 personnes handicapées de différents sanatoriums français sur leur situation. Souhaitant trancher avec la vie de reclus qu’il leur est imposée, les initiateurs de ce qui va devenir L’ADAPT proposent une longue liste d’activités qui pourraient être tout à fait accessibles aux personnes handicapées, pour peu que des efforts d’adaptation soient engagés.
Suzanne Fouché et ses amis, issus pour une part du sanatorium de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), ne bénéficient pas des avancées de la société française vis-à-vis du handicap successives à la première guerre mondiale. Si les mutilés de guerre se voient offrir des possibilités de recouvrer une vie la plus normale, il en va tout autrement pour les infirmes civils, pour reprendre les termes de l’époque.
Le vrai départ de L’ADAPT tient à la diffusion clandestine d’un questionnaire, prémices des sondages actuels, auquel répondent 800 personnes handicapées de différents sanatoriums français sur leur situation. Souhaitant trancher avec la vie de reclus qu’il leur est imposée, les initiateurs de ce qui va devenir L’ADAPT proposent une longue liste d’activités qui pourraient être tout à fait accessibles aux personnes handicapées, pour peu que des efforts d’adaptation soient engagés.
Une période riche en réflexions
La guerre de 1914/1918 a servi de révélateur de l’existence des personnes handicapées. Les années 1920 sont animées de débats, de recherches, de colloques autour des questions qui les touchent. Dès 1926, Suzanne Fouché réclame l’indépendance financière des personnes handicapées. Au Congrès international du service social du 6 juillet de la même année à Paris, elle déclare : « Il faut adapter le diminué physique au travail et en même temps adapter le travail au diminué physique. » Les bases de la Ligue pour l’adaptation du diminué physique au travail sont jetées. Sa première mission : sensibiliser les pouvoirs publics. Et elle le fait, appuyée dans son action par de grands intellectuels du début du XXème siècle comme Paul Claudel, François Mauriac…
Les premiers établissements
Les grandes avancées en matière de solidarité en direction des personnes handicapées n’interviendront pas avant la fin de la seconde guerre mondiale. Dans un société où le handicap est mal toléré, L’ADAPT initie une démarche nouvelle et ouvre les premiers ateliers occupationnels (Paris en 1937, Nogent-sur-Marne et Metz en 1938), ancêtre des établissements médico-sociaux d’aujourd’hui, qui donnent la possibilité à celles et ceux qui y sont accueillis de s’initier à des professions telles que la menuiserie, la cordonnerie, la reliure d’ouvrages… Les personnes handicapées qui y travaillent, payées comme leurs confrères non handicapés proposent une qualité de production qui leur est aussi comparable. La rupture avec la vie d’oisiveté qui prévaut alors est très franche et la notion d’apprentissage revêt une très grande importance aux yeux de L’ADAPT. En 1939, à l’heure où l’Europe voit son horizon s’obscurcir, L’ADAPT compte 7 établissements à travers la France.
Le passage à une autre conception de la solidarité.
La priorité : l’emploi
1945 marque un tournant très important de notre société sur les devoirs qu’elle a envers ses citoyens en proie à des difficultés liées à leur handicap. Cette date marque la troisième grande étape du développement de L’ADAPT, celle de la création des établissements de formation professionnelle et, plus tard, des centres de médecine physique. Dès 1948, se greffant aux centres de postcure, dont L’ADAPT est l’initiatrice pendant l’occupation, l’association multiplie les créations de centres de formation : Sarcelles en 1948, Peyrieu en 1951, Évian puis Serquigny en 1958, enfin Auxerre/Pontigny (1968), Le Mans/Saint-Saturnin (1982), Troyes (1985)…
1945 marque un tournant très important de notre société sur les devoirs qu’elle a envers ses citoyens en proie à des difficultés liées à leur handicap. Cette date marque la troisième grande étape du développement de L’ADAPT, celle de la création des établissements de formation professionnelle et, plus tard, des centres de médecine physique. Dès 1948, se greffant aux centres de postcure, dont L’ADAPT est l’initiatrice pendant l’occupation, l’association multiplie les créations de centres de formation : Sarcelles en 1948, Peyrieu en 1951, Évian puis Serquigny en 1958, enfin Auxerre/Pontigny (1968), Le Mans/Saint-Saturnin (1982), Troyes (1985)…
Préparer l’avenir
Parallèlement, la réflexion se nourrit autour de la problématique du retour à la vie d’avant pour les victimes de maladie ou d’accidents pour lesquelles les structures qui font suite à l’hospitalisation se font rares, voire inexistantes. En cela, L’ADAPT est appuyée par de grands noms de la médecine et par les grands hôpitaux parisiens. La rééducation fonctionnelle est en marche et se donne pour but de prévenir les séquelles de la maladie ou des blessures, d’éviter l’aggravation de certaines situations. Le premier centre de ce type est créé en 1951 à Saint-Cloud. À côté des handicaps physiques, L’ADAPT prend vite la mesure des besoins des personnes cérébrolésées. Le centre de Bordeaux/Cénac, concentrés sur ces cas en émergence, démarre son activité en 1969.
L’ADAPT porte aussi un regard tout particulier sur les besoins des enfants. C’est au milieu des années 1950 que les premiers centres dédiés aux enfants apparaissent. Brest sera le premier centre de rééducation fonctionnelle pour enfant de L’ADAPT en 1955. Il sera très vite suivi par l’ouverture de Cambrai en 1958 et de Bayeux et 1962. L’objectif qui est assigné à ces nouvelles structures est de procurer aux enfants accueillis les conditions optimales pour mener de front leur rééducation fonctionnelle et une scolarité qui leur permettra se former à un métier en accord avec leurs possibilités.
Parallèlement, la réflexion se nourrit autour de la problématique du retour à la vie d’avant pour les victimes de maladie ou d’accidents pour lesquelles les structures qui font suite à l’hospitalisation se font rares, voire inexistantes. En cela, L’ADAPT est appuyée par de grands noms de la médecine et par les grands hôpitaux parisiens. La rééducation fonctionnelle est en marche et se donne pour but de prévenir les séquelles de la maladie ou des blessures, d’éviter l’aggravation de certaines situations. Le premier centre de ce type est créé en 1951 à Saint-Cloud. À côté des handicaps physiques, L’ADAPT prend vite la mesure des besoins des personnes cérébrolésées. Le centre de Bordeaux/Cénac, concentrés sur ces cas en émergence, démarre son activité en 1969.
L’ADAPT porte aussi un regard tout particulier sur les besoins des enfants. C’est au milieu des années 1950 que les premiers centres dédiés aux enfants apparaissent. Brest sera le premier centre de rééducation fonctionnelle pour enfant de L’ADAPT en 1955. Il sera très vite suivi par l’ouverture de Cambrai en 1958 et de Bayeux et 1962. L’objectif qui est assigné à ces nouvelles structures est de procurer aux enfants accueillis les conditions optimales pour mener de front leur rééducation fonctionnelle et une scolarité qui leur permettra se former à un métier en accord avec leurs possibilités.
Ne pas laisser les plus démunis au bord du chemin
Pour ceux dont les difficultés ne laissent que peu de chances de trouver une place en milieu ordinaire, L’ADAPT s’ouvre au travail protégé. Dans les années 1950, les premiers ateliers protégés et CAT apparaissent (Pré-Saint-Gervais, Quessigny, Nacqueville, Pontmain). Les paraplégiques sont les premiers à y être accueillis, malgré les doutes des médecins. Nous sommes encore à une époque où peu d’entre eux survivent aux complications de leur paralysie. Mais, là encore, les résultats sont probants. Quand les spécialistes prédisent beaucoup de décès à court terme, les personnes accueillies voient leurs possibilités de travail prouvées par l’action de L’ADAPT, et qu’une vie autonome est possible malgré le handicap.
Pour ceux dont les difficultés ne laissent que peu de chances de trouver une place en milieu ordinaire, L’ADAPT s’ouvre au travail protégé. Dans les années 1950, les premiers ateliers protégés et CAT apparaissent (Pré-Saint-Gervais, Quessigny, Nacqueville, Pontmain). Les paraplégiques sont les premiers à y être accueillis, malgré les doutes des médecins. Nous sommes encore à une époque où peu d’entre eux survivent aux complications de leur paralysie. Mais, là encore, les résultats sont probants. Quand les spécialistes prédisent beaucoup de décès à court terme, les personnes accueillies voient leurs possibilités de travail prouvées par l’action de L’ADAPT, et qu’une vie autonome est possible malgré le handicap.
Promouvoir l’égalité des chances
Les quinze dernières années ont introduit une nouvelle étape dans la vie de l’association. Le décès de sa fondatrice en 1989, le changement de ses dirigeants a amené des idées et des orientations nouvelles à L’ADAPT, sans pour autant balayer du revers le riche héritage de 75 ans d’existence. Cette nouvelle phase se caractérise par une ouverture vers les actions associatives et militantes. La première grande initiative de cet ordre de L’ADAPT est la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées créée en 1997, résultat d’un constat simple : malgré les lois et les dispositifs mis sur pied depuis 1975, et surtout 1987, la place des personnes handicapées dans les entreprises ne progresse que très lentement. À qui la faute ? Aux entreprises, aux pouvoirs publics, à chacun d’entre nous ? Pour L’ADAPT, cette situation est la conséquence des attitudes de chacun, de cette frilosité vis-à-vis de la différence que l’on retrouve pour d’autres publics pour lesquels trouver une place sur le marché de l’emploi n’est pas simple. L’essence même de la Semaine pour l’emploi est de faire progresser la réflexion collective sur les compétences des personnes handicapées.
Autre grand projet de l’association, les États Généraux de 2003 prolongent cette lutte pour la reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière des personnes handicapées. Le projet associatif publié à cette occasion est tout empreint de ce nouveau champ d’action pour L’ADAPT. Mais est-il si nouveau que cela ? N’était-ce pas déjà le but poursuivi par Suzanne Fouché, en d’autres termes, au tournant des années 1930.
Autre grand projet de l’association, les États Généraux de 2003 prolongent cette lutte pour la reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière des personnes handicapées. Le projet associatif publié à cette occasion est tout empreint de ce nouveau champ d’action pour L’ADAPT. Mais est-il si nouveau que cela ? N’était-ce pas déjà le but poursuivi par Suzanne Fouché, en d’autres termes, au tournant des années 1930.






