Des bénévoles qui s’engagent
Changer les mentalitésPour qu’une personne ait le sentiment d’appartenir à une communauté, il faut qu’elle s’y sente accueillie. C’est pourquoi l’insertion ne peut pas être le fait des seuls professionnels. Tant que la majorité de la population gardera une attitude d’indifférence, voire de rejet, les porteurs de handicaps se heurteront à des barrages pour se loger, se déplacer, entrer à l’école ou au lycée, trouver un emploi, aller au stade ou au cinéma. Et ce n’est pas en créant de nouveaux droits, de nouveaux règlements et de nouvelles institutions qu’on améliorera les choses. On encouragera au contraire la population à persister dans son indifférence en lui donnant le sentiment que l’insertion relève des pouvoirs publics et des professionnels et qu’elle n’est en rien concernée.
Puisque L’ADAPT a pour vocation l’insertion des personnes handicapées, elle doit s’investir fortement pour changer la mentalité de nos concitoyens à l’égard du handicap, et les amener à accueillir au milieu d'eux les personnes atteintes d’une infirmité au même titre que celles qui n’en ont pas.
C’est ce qui a été entrepris, en 1997, avec la Semaine pour l’emploi des handicapés. Si cette manifestation n'a pas entraîné de changement radical, elle a contribué à faire évoluer le regard des employeurs et de la population sur les capacités des travailleurs handicapés. D'année en année, son succès se confirme : c’est ainsi que plusieurs associations amies sont venues nous épauler pour en assurer l’organisation dans un nombre croissant de villes. L’écho dans la presse, la radio et la télévision s’amplifie. Surtout, les employeurs sont de plus en plus nombreux à ouvrir des stands pour prendre un contact direct avec les chercheurs d’emploi, les informer et, le cas échéant, recevoir leur candidature.
Ce que L’ADAPT a fait pour l’accès au travail en milieu ordinaire, elle doit le faire dans d’autres domaines, et le plus important est celui de la scolarité. Des progrès ont sans doute été réalisés au cours des dernières années avec le plan Handiscol, mais il reste beaucoup de chemin à faire. Or, c’est à ce stade que commence à se creuser l’écart qui rendra de plus en plus difficile l'accès à la formation supérieure et l’insertion professionnelle.
L’ADAPT doit donc intervenir résolument dans ce secteur et mener des campagnes d’information pour convaincre les enseignants et les parents d’élèves que l’accueil d’enfants handicapés dans une classe ne nuit pas aux autres élèves mais, au contraire, favorise leur ouverture d’esprit. L’expérience réalisée sous l’égide de L’ADAPT par le réseau Rencontres jeunes et handicap est à cet égard intéressante puisqu'elle a amené certains établissements, jusque là réticents à l’accueil des handicapés, à modifier leur attitude.
Prévenir la survenance du handicap
Mieux vaut prévenir que guérir ! S’il est nécessaire de mobiliser l’opinion publique et les décideurs pour faire partout place aux personnes handicapées, n’est-il pas aussi important d’agir pour la prévention des maladies et accidents générateurs de handicaps ? Ce n’est sans doute pas un domaine dans lequel L’ADAPT ait à figurer en première ligne, mais elle ne doit pas non plus en être absente.
Chaque année les accidents de la route font 8 000 morts, auxquels s’ajoutent des dizaines de milliers de blessés. Plusieurs centaines parmi les plus lourdement atteints viennent se rééduquer dans nos établissements. Et nous savons les difficultés que pose leur réinsertion. L’ADAPT doit apporter son concours, sous des formes à déterminer, aux associations qui agissent auprès des constructeurs automobiles pour faire évoluer les thèmes de publicité et auprès des législateurs pour durcir la répression des conduites en état d'ivresse.
Des démarches analogues doivent être entreprises auprès d’autres associations engagées dans la lutte contre l’alcoolisme, le tabagisme ou la consommation de drogues. L’évolution des mentalités dans ces domaines est d’autant plus difficile que ces pratiques bénéficient d’une certaine complaisance de l’opinion. Il faut donc, pour les faire reculer, une action puissante soutenue par de nombreux partenaires.
La prévention des accidents du travail, qui requiert une coopération de nos établissements avec les médecins du travail et les employeurs, fera l'objet d'un développement particulier dans le chapitre consacré à l'action des professionnels.
Enfin, l'association se doit de réfléchir sur la prévention prénatale qui a fait l'objet récemment de plusieurs décisions de justice et d'une nouvelle disposition législative. Faut-il légitimer l'avortement thérapeutique dès lors qu'une malformation est détectée, au risque de dériver vers l'eugénisme ? Faut-il, à l’inverse, s’opposer à toute intervention et laisser venir au monde des enfants qui ne pourront pas connaître une vie véritablement humaine ?
S’investir sur le terrain
Il ne suffit pas de publier des communiqués, de signer des pétitions et d’organiser des manifestations pour réussir l’insertion. Il faut montrer par des actions concrètes que chacun d’entre nous peut participer activement à l’accueil des personnes handicapées.
C’est dans cet esprit que L’ADAPT a créé le Réseau des Réussites. Son nom s’inspire du slogan que nous avons accolé à notre sigle : réussir avec un handicap. Il dit clairement le sens de notre action qui n’est pas jouer sur le sentiment en présentant les handicapés comme des victimes auxquelles il faut porter secours, mais comme des concitoyens qui doivent pouvoir s’épanouir et apporter leur contribution à la collectivité, pour peu que l’on supprime les obstacles qui s’y opposent.
Le premier champ d’action du réseau a été le parrainage des demandeurs d’emploi. Il peut s’agir, selon les cas, de les informer sur les métiers, de les conseiller sur la rédaction d’un CV ou la tenue d’un entretien, de les mettre en relation avec un employeur, voire de servir de médiateur en cas de difficulté d’insertion dans l’entreprise.
D’autres domaines d’intervention sont possibles. On a vu comment les Rencontres Jeunes et Handicap peuvent favoriser l’accueil des enfants handicapés à l’école et au collège. Il faut donc les développer. De nombreuses associations existent qui assurent un soutien scolaire à des enfants en difficulté. Pourquoi le Réseau des réussites ne travaillerait-il pas avec elles pour aider certains enfants handicapés à se maintenir à niveau ?
Les adultes qui sortent des centres de médecine physique et de réadaptation ont parfois du mal à reconquérir leur autonomie, même s’ils y ont été préparés, par exemple par un séjour dans un appartement thérapeutique. Des volontaires du Réseau des Réussites pourraient les aider pendant quelques jours ou quelques semaines à reprendre la maîtrise de leur environnement.
Qu’il s’agisse d’adultes ou d’enfants, d’activités ménagères ou professionnelles, de scolarité ou de loisirs, on voit que c’est une véritable fonction d’accompagnement qu’il faut créer, pour permettre aux personnes handicapées d’évoluer en milieu ordinaire. Lorsque cet accompagnement doit être permanent ou requiert des compétences particulières, il doit être confié à des professionnels. Mais l’intervention de bénévoles est souhaitable : elle est plus souple à mettre en œuvre, et surtout elle manifeste la solidarité des plus valides avec ceux qui le sont moins.
Il faut enfin engager un dialogue permanent avec les autorités et les décideurs au niveau local, de façon qu’ils aient, à chaque instant, le souci de l’accueil des personnes handicapées. Les commissions d’accessibilité sont en permanence à la recherche de représentants d’associations. Les adhérents de L’ADAPT y seront les bienvenus. Et comme l’accessibilité des bâtiments n’est pas le seul obstacle, nous proposons d’aller plus loin et de constituer, avec des partenaires d’autres associations des « comités de vigilance » pour inventorier, faire connaître et surtout faire disparaître les barrières visibles ou invisibles qui génèrent des situations de handicap.
taires aux besoins des personnes handicapées, et faciliter l’expérimentation



